Témoignages
Qui de mieux placé pour parler des projets de Médecins du Monde-Suisse et des contextes locaux que les bénéficiaires directement concernés ainsi que les volontaires expatriés?
Témoignages de jeunes palestiniens
- Ces histoires ont été racontées pendant des ateliers d'écriture par des adolescents et jeunes adultes vivants à Hébron.
Les ateliers d'écriture sont une activité mise en oeuvre au sein-même de la Maison de la non-violence (MNV). Les adolescents et jeunes adultes qui suivent la formation sur la résolution non-violente des conflits écrivent les problèmes liés à la violence qu'ils rencontrent au quotidien, ainsi que les réactions de leur entourage à leur propre engagement en faveur de la non-violence. Le personnel local de la MNV, dont le binôme suisse-palestinien de psychologues, encadre cette activité.
Ces lettres sont ensuite envoyées en Suisse, où elles sont destinées à sensibiliser l'opinion publique suisse à la situation que vivent au quotidien les adolescents d'Hébron. Les lettres sont diffusées principalement à travers trois canaux : les médias (articles de journaux), les newsletters pour les membres et donateurs de MdM et le site Web de MdM. L'utilité de cette activité est double : d'une part, elle permet aux jeunes Palestiniens en formation d'exprimer leurs propres sentiments, leur propre vécu dans une perspective thérapeutique ; d'autre part, le fait d'écrire des lettres qui seront publiées augmente chez les jeunes Palestiniens le sentiment d'être écoutés et soutenus.
Mourad Dweik (20 ans, étudiant à l'Université polytechnique en "Génie mécanique")
Je marchais dans la rue Slam au bout d'un carrefour après la fin de ma journée d'école. C'était une journée très chaude, le bruit des voitures m'empêchait d'entendre mon père avec qui j'étais au téléphone. Tout à coup, j'ai entendu une explosion, mon téléphone est tombé par terre, des gens se sont mis à courir et à hurler, tous les conducteurs ont laissé leur voiture au milieu du carrefour et se sont enfuis, tout le monde était terrifié. J'ai alors entendu le bruit sourd d'un hélicoptère appatchi dans le ciel ; je suis resté debout sans bouger, j'ai entendu une autre explosion et vu de la fumée s'échappant d'une voiture en feu. Je me suis baissé à terre et j'ai appuyé ma tête pour voir ce qui se passait. J'ai vu les morceaux d'un corps de garçon sur le sol, je me suis levé mais je ne savais pas quoi faire. J'ai fais trois pas et j'ai vu une main d'enfant, sans savoir si elle appartenait à un garçon ou à une fille, je me suis senti impuissant. Quelqu'un m'a demandé si j'étais blessé, j'ai alors montré du doigt le corps d'enfant, puis j'ai ramassé mon téléphone et appelé une ambulance.
Je ne pensais pas que ce jour se terminerait, mais le soir, j'ai entendu aux informations locales qu'une personne du Hamas recherchait des personnes qui conduisaient une voiture dans la zone. Le résultat a été la mort d'un enfant de 11 ans et d'une petite fille de trois ans.
Haitham Zugaier (22 ans, étudiant à l'Université Polytechnique en "Génie mécanique")
J'étais sur mon retour à la maison, la nuit était terrifiante, des chiens aboyaient, il était presque deux heures du matin, personne ne traînait dans la rue. J'étais terrifié par quelque chose d'inconnu. J'ai atteint la maison et toqué à la porte, ils ont mis du temps à m'ouvrir. Ma mère a ouvert, ses larmes coulaient comme une rivière, elle m'a pris dans les bras et m'a serré chaleureusement dans ses bras comme si elle avait perdu un être cher. Elle m'a dit d'une voix douce « que c'est-il passé fils, pourquoi rentres-tu si tard, j'étais si inquiète pour toi », puis elle s'est mise à hurler « qui t'a fait cela ? ». J'ai alors réalisé que les soldats avaient déchiré mon visage innocent en me frappant violemment. Je ne me souvenais pas combien ils étaient, ils m'ont humilié (in crusing), ils m'ont frappé avec l'arrière de leurs pistolets jusqu'à ce que le sang coule de mon nez. Je ne sais plus ce qui m'est arrivé après cela car j'ai perdu conscience. La seule chose dont je me souviens c'est que j'ai été porté comme un sac de riz et jeté dans leur voiture (une Jeep). J'ai été emmené à une endroit que je ne reconnaissais pas, j'étais inconscient...
Tout cela m'est arrivé parce que j'ai pénétré la Terre Sainte pour prier à la mosquée d'Al-Agsa. Je n'avais jamais imaginé pouvoir être traité d'une manière si sauvage juste parce que je suis un Palestinien qui adore sa terre !!!!!!!
By Ansaf Swati (28, Al Quds University student "Social worker")
In the evening of Monday the 27/08/07 at 11:15 pm setting the alarm on my cellular phone in order to wake up early, the house was quite as everyone was asleep I heard some strange noise close to my house, the kitchen window was open so I headed and took a look thinking that it might be my brothers friends leaving his house as he lived in the upper floor, I couldn't see anything because there wasn't enough light outside the house...while I was closing the window I heard some strong knocks on the neighbors` door facing our kitchen window and a high voice calling to open the door then realize from the accent that it was an Israeli soldier and after few minutes the neighbors turn on the lights outside their house and I saw more than 10 soldiers standing right in front of the house door, at this moment our neighbor Abu Khalid opened the door and the soldiers started talking with him in Hebrew. I understood a bit from their conversation and they were asking about his Son Ali. Before ending his conversation the solider pushed him Abu Khalid aside and three other soldiers went inside the house and stayed inside more than 10 minutes, after that they got out and had Abu Khlids younger son that doesn't exceed 17 years old; and his mother got out after them trying to get hold of her son and pull him back to the house and I heard her say "he has tawjihi" (high school)"this year. But she was held by a soldier and bitten hard and forced in her house and closed the door. As Abu Khalid was speaking with the soldier trying to release his son but the soldier after a while tied his hand behind his back, and closed his eyes and took to jail.
Témoignages de malades de la drépanocytose au Bénin
- Ces témoignages ont été récoltés parmis des familles d'enfants drépanocytaires dans la région d'Abomey, au Bénin.
La drépanocytose est une maladie génétique et héréditaire du sang, transmise par le père et la mère, qui modifie la forme de l'hémoglobine. La maladie touche avant tout les enfants en bas âge, et les complications sont multiples, entraînant de nombreuses douleurs. L'essentiel de la prise en charge repose sur la prévention des complications ainsi que sur le traitement des événements aigus lorsqu'ils surviennent.
En plus d'être un problème de santé handicapant et meurtrier à grande échelle, les malades atteints de drépanocytose souffrent d'une importante stigmatisation. Cette maladie est en fait mal connue de la population: un caractère mystérieux ou magique lui est prêté, de par sa transmission génétique, son incurabilité et le fait qu'elle puisse toucher plusieurs individus d'une même fratrie. On pense souvent qu'il s'agit d'un sort jeté sur une femme ou une famille, ou que la maladie est due à la fatalité. Les préjugés sociaux représentent donc un obstacle de taille pour les malades et leur famille, qui supportent avec peine cette situation difficile.
Rodrigue, 16 ans
Rodrigue est un adolescent de 16 ans, brillant à l'école. Drépanocytaire, il est l'auteur d'une pièce de théâtre pour l'Association des Drépanocytaires du Zou, afin de sensibiliser la population à l'importance de l'information médicale face aux croyances liées à cette maladie (accusations, sorcellerie). Son père a fait une carrière militaire, et sa mère est aide-soignante à la retraite. Face à la maladie de leur enfant, ce couple est resté soudé, le père est particulièrement respectueux pour tout ce que sa femme a enduré à cause de l'affection de leur fils.
Selon lui, « les difficultés sont d'abord financières, c'est pourquoi nous payons au fur et à mesure. Par exemple, rien que pour les vaccinations complémentaires, il faut compter 36'000 FCFA (90 CHF). Il faudrait diminuer ce coût, à travers une politique adaptée, subventionnées par l'Etat car c'est très dur pour des parents comme nous, qui touchons une pension. Dans certaines familles, les dépenses pour la prise en charge d'un enfant drépanocyaires se fait au dépens des autres enfants ».
La mère, quant à elle, insiste sur l'importance de la sensibilisation : « Moi, je me suis débrouillée sur le tas, à travers mon expérience personnelle., et je ne le souhaite pas aux autres. Il faut prendre courage, ne pas avoir peur et se rapprocher d'un agent de santé. Ceux qui ont de l'expérience avec les drépanocytaires savent que ces enfants ne vont pas nécessairement mourir : une prise en charge médicale est possible et peut prévenir les complications. De ce fait, on évite les frais d'hospitalisations prolongées et les frais d'opérations, c'est donc moins coûteux ».
« L'accueil à l'hôpital est très important : les parents devraient toujours être accompagnés de leurs enfants, et le personnel soignant doit apprendre à donner des conseils et à encourager les patients. Il faut toujours chercher une solution, et ne pas refuser de se présenter à l'hôpital à cause de frais potentiels. Certaines familles découragent les autres d'aller se faire soigner en disant qu'elles ne pourront pas avoir accès aux soins du fait de leurs coûts ».
« J'aimerais que l'on trouve des moyens pour motiver, insuffler de l'intérêt à la prise en charge préventive pour l'enfant, notamment en mettant en perspective les coûts potentiels des traitements curatifs plus onéreux. La prise en charge précoce est capitale, il ne faut pas tarder. Je souhaite également que l'on lutte contre les croyances liées à la drépanocytose. Au Bénin, un enfant drépanocytaire est condamné à mourir. De ce fait, l'homme ne s'implique pas dans la maladie, il ne paie pas les frais médicaux et c'est la femme qui se débat seule. Il faudrait responsabiliser par l'éducation, à l'école, pour lutter contre la corrélation entre la maladie et la sorcellerie. Il faut sensibiliser pour corriger les mentalités».
Pour Rodrigue, « il faut prendre son courage à deux mains : faire son électrophèse pour empêcher la sorcellerie de s'immiscer dans les croyances relatives à la maladie ».
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César
César, aspirant photographe, vit avec sa famille dans les faubourgs de la ville d'Abomey. Pour subvenir à ses besoins, sa mère vend des oeufs au porte à porte.
« Je suis pour ainsi dire seule: mon mari est désengagé, il se désintéresse totalement de ce qui se passe lorsque l'enfant est malade. C'est pour cette raison que j'ai décidé de ne plus avoir d'enfants. C'est une décision que j'ai prise seule, sans que mon mari ne le sache. Pendant 3 ans de maladie régulière de mon fils, j'ai beaucoup souffert, tous les problèmes étaient à ma charge. Les raisons de ce choix sont donc essentiellement financières : je ne veux plus dépenser d'argent pour d'autres enfants malades, je préfère me concentrer sur ceux que j'ai déjà ».
La mère de César supporte avec difficulté le fardeau psycho-social qui entoure la maladie de son fils : « C'est très difficile de soutenir mon environnement familial, l'entourage des autres familles dans la maison. Elles font des commentaires sur mes visites fréquentes à l'hôpital. Ils croient que j'ai les moyens et que c'est un luxe que je me permets, parce que les gens ne savent pas et ne comprennent pas pourquoi je me rends si souvent à l'hôpital. D'autre part, on m'accuse d'avoir apporter le mal dans notre famille, car mon mari a d'autres enfants avec d'autres femmes et ils sont tous sains. En plus de la charge financière, je dois aussi supporter la culpabilité ».
« Beaucoup de femmes sont dans la même situation que moi, abandonnées par leur mari. Je souhaite que le service social de l'hôpital nous soutienne. Les dépenses ont beaucoup augmentés dernièrement, surtout depuis que les enfants sont grands et vont à l'école. Je n'ai pas le temps de faire du commerce, ma capacités sont moindres. La nouvelle structure du CHD devrait prévoir un soutien financier aux familles les plus nécessiteuses : des modalités de paiement, mais aussi faire baisser les coûts des médicaments en pharmacie. Enfin, nous avons aussi besoin d'un soutien psychologique ».
Témoignages de migrants
- Ce témoignage a été recueilli dans les locaux du Réseau Santé et Migration à La Chaux-de-Fonds
Le Réseau Santé et Migration (RSM) est avant tout un lieu d'accueil proposant une permanence de consultation et d'orientation. Ce projet vise à faciliter l'accès aux soins des populations migrantes précarisées. Ainsi, les principaux bénéficiaires sont les personnes sans statut légal, les Non-Entrée en Matière (NEM) et les requérants d'asile. Suite aux consultations, les patients sont souvent redirigés auprès de spécialistes .
Le RSM travaille également dans la promotion de la santé auprès de cette population. Les méthodes de renforcement communautaire et de la participation sont au coeur de sont action.
Mourid
Mourid vit en Suisse sans papiers depuis plusieurs années. Il n'a jamais vécu dans son pays d'origine. Il a grandi dans le pays de son oncle et ses parents l'ont laissé alors qu'il était encore bien jeune. Ça fait des années qu'il est sans nouvelles d'eux.
Ainsi, Mourid vit en Suisse, il n'a aucune attache dans « son » pays, le pays de son passeport, il n'y a jamais vécu, il ne saurait où, chez qui aller. Le pays où il a grandi ne peut l'accueillir, donc il erre... Il ne se plaint pas, il est jeune, il a encore de la force et l'envie de travailler (régulièrement c'est le travail qui manque). Il a généralement une très bonne santé... Il dit simplement que parfois c'est dur. Il ajoute qu'il faut être extrêmement prudent pour vivre dans ces conditions, marcher vite, éviter les lieux à embrouilles et se méfier des autres, donc peu d'amitiés !
Il est arrivé chez nous en proie à des douleurs abdominales violentes, nous avons craint une appendicite. Il a pu être orienté chez un médecin qui a pu exclure ce diagnostic et traiter ses douleurs ! Depuis, Mourid est revenu, il est reconnaissant, un lien de confiance s'est créé, il souffrait d'une forte grippe, l'occasion aussi d'échanger, de dire ses espoirs, d'évoquer ses projets et de confier un peu son raz le bol...



